Vendée Arctique : Je pars dimanche vers le Cercle Polaire !
On va pas dire que c’était de la rigolade jusqu’ici, disons plutôt que les choses sérieuses vont commencer … ⤵️
Je prendrai ce dimanche 7 juin aux Sables d’Olonne le départ de la Vendée Arctique, ma première grande course en solitaire sur mon IMOCA. Je vous présente cela en détails…
Me voici aux Sables d’Olonne !
Cela fait une semaine que le bateau est amarré aux Sables d’Olonne. Oui, aux Sables d’Olonne ! Et plus exactement au mythique ponton du Vendée Globe d’où je m’élancerai autour du monde dans 2 ans et demi. Je vais pas vous mentir, ça m’a fait un petit quelque chose en remontant le chenal !



Comme d’habitude sur les villages de course il ne se passe à la fois rien et tout un tas de trucs à la fois. Présentations de skippers, tables rondes, obligations vis-à-vis de l’organisation, briefings, visites de bateau avec nos partenaires : on en vient presque à oublier l’essentiel : se reposer, et la finale de la Ligue des Champions. Si bien que l’organisation a calé une séance de dédicaces avec l’ensemble des skippers pile pendant le match PSG - Arsenal, et ce n’est qu’au bout de longues négociations (où l’aide de Corentin Horeau a été décisive) qu’ils ont accepté de décaler.
En parlant de ça… j’étais assis à côté de Violette Dorange pendant la séance de dédicaces et cela m’a valu une belle leçon d’humilité. Beaucoup faisaient la queue uniquement pour obtenir une photo ou une dédicace de Violette et, lorsque je leur demandais ensuite s’ils voulaient aussi une carte de moi, j’ai reçu beaucoup de « non » de la tête. Des « non » timides, un peu gênés, mais sans appel possible.
Je ne suis vraiment pas rancunier. Quand j’ai compris que Charles Henri (équipier joyeux à Lille) faisait les cent pas sur le ponton devant mon bateau uniquement pour avoir une chance de croiser son idole Violette, amarrée juste à côté de nous, je l’ai pris par la main pour qu’on aille ensemble faire une photo avec elle. Et Violette a très gentiment accepté.


Plus sérieusement, depuis une semaine j’essaie surtout de m’imprégner de toute l’énergie et de tous les encouragements que me transmettent les équipes de Café Joyeux venues sur place. Je partirai seul à bord, mais plus que jamais je sens derrière moi le soutien des 220 équipiers joyeux ainsi que celui de toutes les équipes des cafés-restaurants et de la capitainerie.
En tout cas, les équipes se sont bien fait remarquer toute la semaine sur le village. Je peux vous dire qu’on a fait parler de nous !

Un principe inédit : le parcours libre (… mais contraint)
C’est ce que répètent tous les commentateurs et journalistes depuis le début : le principe de la course est assez inédit car pour la première fois les skippers vont pouvoir choisir leur route. Le parcours nous impose de laisser l’Irlande à tribord et d’aller couper le cercle polaire, c’est-à-dire franchir sa latitude, mais à la longitude de notre choix. On peut donc tout autant aller couper le cercle devant les côtes du Groenland que devant celles de la Norvège.
Je ne vous mens pas, et pour preuve voici le parcours tel que donné par les Instructions de Course :
Sur le papier, cela sous-entend que l’océan est à nous et qu’il est possible que les concurrents partent dans toutes les directions. Dans les faits, je pense que les trajectoires des bateaux vont beaucoup se ressembler car des zones interdites à la navigation (qu’elles soient imposées par l’organisation ou par le trafic maritime international) rendent les options « exotiques » peu attractives.
À noter qu’un vrai travail de réduction du risque de collision avec les baleines a été mené par l’organisation en collaboration avec des organismes scientifiques spécialisés. Il en résulte certaines de ces zones interdites à la navigation, ce qui est une très bonne chose, à la fois pour nos bateaux et surtout pour les baleines.
En revanche, le risque de collision reste relativement élevé même en dehors de ces zones, bien plus que dans les eaux où nous naviguons habituellement. Je croise donc les doigts pour que cela n’arrive à personne et que nous laissions les belles baleines tranquilles chez elles…
A quelle sauce vais-je être mangé ?
Avec l’aide de Simon bien sûr, et de Pierre Le Roy, météorologue professionnel, ancien collègue de la Mini Transat et ancien équipier de Benjamin Ferré sur mon bateau (ce qui fait trois bonnes raisons d’avoir fait appel à lui), nous regardons de très près les différents scénarios météo.
L’enchaînement des événements est assez bien calé sur les trois premiers jours de course. Le départ dimanche devrait se faire dans des conditions très maniables (ce qui participe grandement à me détendre). Le vent devrait rentrer progressivement avec un premier passage de front vers la pointe de Bretagne (et donc deux virements de bord à caler), puis un passage assez venté et instable le long des côtes irlandaises. Pas de quoi s’affoler, mais ça va être sport, avec beaucoup de changements de voiles et une mer assez formée.
La suite est encore incertaine et je guette comme le lait sur le feu les trajectoires des dépressions au voisinage de l’Islande. Le vent tourne autour des centres dépressionnaires (nom chic pour dire « tempête ») dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. La direction du vent que j’aurai dépend donc directement de ma position par rapport au centre dépressionnaire le plus proche, et c’est ce qui va guider tous mes choix de trajectoire au voisinage de l’Islande pour aller toucher le cercle polaire.
Le scénario catastrophe est celui où une dépression vient se poser sur l’Islande au moment où je fais demi-tour au cercle polaire. Je me retrouverais alors avec un vent très fort de face, sans pouvoir contourner son centre par l’ouest (car bloqué par l’Islande), avec peu de solutions possibles : attendre sur place que la tempête avance vers l’est pour attraper des vents portants dans son ouest, ou partir en fuite. Mais si je veux ensuite pouvoir rentrer par l’ouest des îles Britanniques, cela ne laisse pas beaucoup d’eau à courir.
Mais bon, après tout, c’est compliqué d’avoir le vent avec soi à l’aller comme au retour, vu que je vais forcément faire demi-tour à un moment…

Sur certains fichiers tout se passe très bien avec environ 5 jours pour aller jusqu’au cercle et un demi-tour au vent de travers (et donc idéal). Sur d’autres cela se passe un peu moins bien, voire assez mal, notamment sur les fichiers de ce matin. Je vis donc un peu suspendu à ces prévisions, mais j’essaie de prendre un peu de recul en me disant (et espérant) que cela va continuer de changer régulièrement sur le chemin vers le cercle polaire.
Comment suivre la course ?
Le départ sera donné ce dimanche 7 juin à 13h02 très exactement. Il sera retransmis sur le site internet de la course, Facebook et YouTube. Vous aurez droit aux commentaires de Benjamin Dutreux, Armel Tripon (tous deux finishers du Vendée Globe) ainsi qu’Amélie Grassi, ancienne collègue du Mini et du Class40 !
La cartographie de course sera accessible depuis le site de la course ICI.
NB : Soyez indulgents, je ne serai encore que le seul bateau non muni de foils dans la flotte. En revanche j’ai un bateau très robuste (une vraie valeur sûre!) et je ferai de mon mieux pour essayer de mettre au moins un bateau derrière si j’en ai la possibilité. C’est pas gagné, mais je vais tout donner !
(Hors sujet) Rappels étymologiques et mise au point zoologique
J’en ai toujours rêvé, mais je ne sais pas encore si, arrivé au cercle polaire, j’aurai le courage de pousser jusqu’au Svalbard (quelque 11 degrés de latitude plus haut) pour aller voir les ours polaires 🐻❄️. Ce n’est pas interdit, mais j’en doute. Cependant, le mot Arctique vient bien du grec « Arktos », qui signifie « ours ». L’organisation a donc bien raison d’avoir fait venir des ours polaires sur le village (et on les remercie parce que c’est vraiment très chou).
En revanche, le village regorge de manchots 🐧, qui n’habitent d’habitude que dans l’hémisphère Sud et sur le continent Antarctique (du grec « Ant-Arktos », qui signifie « à l’opposé des ours »). Après avoir creusé la question, il s’agit en fait d’un recyclage de la décoration du village du Vendée Globe (qui n’est rien d’autre qu’un tour de l’Antarctique) et l’organisation s’est probablement dit que cela passerait inaperçu auprès du public. L’Institut polaire français et l’IFREMER, présents sur le village, ont évidemment fait un signalement pour expliquer qu’on mentait au public et je crois que l’organisation a renvoyé les manchots chez eux depuis.
Voilà, après la fronde des skippers pour décaler la séance de dédicaces qui tombait pendant le match PSG - Arsenal, c’est cette autre affaire du « Pingouin-gate » qui a animé ce début de semaine au village.
Allez, si on en est à faire de la polémique scientifique de bas étage, c’est qu’il est temps de rendre l’antenne. Je retourne à l’étude de la météo pour affiner ma stratégie sur les premiers jours de course, pendant que la super équipe du bateau Café Joyeux finit de le préparer aux petits oignons !
À très bientôt pour le débrief des hautes latitudes 🧊🐻❄️ !
Nico








